QM 192 : joueur libre, orga esclave

principalement autour des huis clos et autres petits GN, mais aussi pour le plaisir de flooder.
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Pink
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QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Pink » mar. 20 juin 2017 09:55

Est ce que scripter un arc narratif et le communiquer clairement à un joueur c'est de la triche ? (ex : "ton personnage est dépressif, mais quand il verra le spectacle de son fils, il retrouvera la joie de vivre")

Est ce que la notion de fateplay ne redonne pas finalement à l'orga sa toute puissance autoritaire ("joue ça") ? Mais sous la forme d'un gant de velours ("joue ça, mais tu vas kiffer") ?

Est ce que la limitation de la liberté des joueurs est nécessaire parce qu'ils sont bêtes et incapables de s'amuser correctement ? En plus, quand on leur dit subtilement dans un BG, ils passent à côté ces cons... (parce qu'en fait la subtilité c'est plus dur qu'on ne croit)

Est ce qu’en plus de la "note d'intention" et des "ateliers", ce ne serait pas simplement un moyen de plus pour mieux permettre aux gens de vivre ensemble l'expérience précisément souhaitée par l'auteur ?

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lucieXperience
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par lucieXperience » mar. 20 juin 2017 10:35

Pink a écrit :Est ce que scripter un arc narratif et le communiquer clairement à un joueur c'est de la triche ? (ex : "ton personnage est dépressif, mais quand il verra le spectacle de son fils, il retrouvera la joie de vivre")
Non.

Merci, bonsoir. :mrgreen:
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lucieXperience
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par lucieXperience » mar. 20 juin 2017 10:49

Pour répondre point par point :
Pink a écrit :Est ce que scripter un arc narratif et le communiquer clairement à un joueur c'est de la triche ?
Voir plus haut. ;) Je sais que tu le sais, mais je développe : parler de triche dans le cadre de création n'a pas de sens. Ce serait un peu comme dire à un peintre figuratif que ce qu'il fait est de la triche par rapport à un peintre abstrait (ou l'inverse d'ailleurs). C'est juste une question d'outils différents qui ont des objectifs différents. (la comparaison est un peu à chier et inexacte, mais j'ai pas trouvé mieux en 30 sec)
Pink a écrit :Est ce que la notion de fateplay ne redonne pas finalement à l'orga sa toute puissance autoritaire ("joue ça") ? Mais sous la forme d'un gant de velours ("joue ça, mais tu vas kiffer") ?
Je ne suis pas sûre de ça. Il y a vraiment moyen d'être plus dirigiste, autoritaire et efficace qu'en utilisant le fateplay. (d'après ma compréhension du terme il y a le fait que le joueur connaît son arc narratif à l'avance mais il y a peut-être des nuances qui m'échappent).
Pink a écrit :Est ce que la limitation de la liberté des joueurs est nécessaire parce qu'ils sont bêtes et incapables de s'amuser correctement ? En plus, quand on leur dit subtilement dans un BG, ils passent à côté ces cons... (parce qu'en fait la subtilité c'est plus dur qu'on ne croit)
Pour moi ça dépend de l’œuvre et de l'objectif qu'a l'auteur. S'il a un objectif précis qui le justifie, alors oui, je pense que la limitation de la liberté du joueur est nécessaire.
Pink a écrit :Est ce qu’en plus de la "note d'intention" et des "ateliers", ce ne serait pas simplement un moyen de plus pour mieux permettre aux gens de vivre ensemble l'expérience précisément souhaitée par l'auteur ?
Sans doute, c'est un moyen parmi d'autres je suppose. Mais dans le fateplay l'organisateur n'a finalement du pouvoir que sur la situation initiale et la situation finale, c'est quand même un pouvoir assez limité dans le cadre d'un GN.
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Cire de Sacub
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Cire de Sacub » mar. 20 juin 2017 11:08

lucieXperience a écrit :parler de triche dans le cadre de création n'a pas de sens
Voilà, tout simplement.

Scripter un arc narratif est un outil parmi tant d'autres. Néanmoins je comprends la question. Car scripter la chose c'est impacter le sacro-saint libre arbitre du joueur en GN. Et il est vrai que ce libre arbitre est, selon moi, l'une des bases fondatrices du GN, une identité inscrite au cœur de son ADN. Néanmoins, orienter/guider une décision/réaction d'un personnage pour créer des situations encore plus génératrices de rôle-play est, selon moi, un mal pour un bien ! A utiliser avec modération donc.

Stan
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Stan » ven. 23 juin 2017 10:44

Car scripter la chose c'est impacter le sacro-saint libre arbitre du joueur en GN
J'ai pus avoir le même type d'affirmation par le passé, et je me rends compte que c'est un point d’opposition très important pour nombres de gniste (sur une frontière ludisme/interprétation).

Pour avoir tester des formats très "scriptés", j'y ait trouvé un grand plaisir de jeu (jeu d'acteur en l’occurrence) qui fait partie prenante du GN selon moi (dans son ADN aussi donc).

Je pense que c'est vraiment une question de gout. Sur des jeux laissant une grande liberté au joueur j'ai pus vivre parfois des vrais moments de flottements (sur le mode, qu'est ce que je suis sensé faire? qu'est ce que l'orga attend de moi?).

J'ai personnellement trouvé un confort dans des formats plus scriptés qui n'est pas pour me déplaire, car je trouve grand plaisir à ce que l'on me raconte une histoire, surtout quand c'est bien fait !

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Cire de Sacub
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Cire de Sacub » ven. 23 juin 2017 14:11

Bien d'accord. mais il y a script et script.

Entre le "ton personnage est coléreux et peut s'emporter s'il apprend qu'il a été trahi" et "ton personnage vient de comprendre que Samantha l'a trompé et il va se mettre à la menacer ouvertement de violences physiques tout en lui rappelant son serment lors de cette magnifique nuit d'amour de leur dernière réconciliation" il y a un univers !

Si tout est scripté avec trop de précisions, trop de contraintes, on peut s'éloigner de l'esprit GN. Tout en restant du GN, certes...
Donc le script comme un cadre souple mais enrichissant ok, un script précis très ponctuel pour une scène précise, ok mais un script qui définit tout sous forme de feuille de route très précise et qui ne laisse pas au joueur les libertés de ses choix, ça me fait moins rêver. Mais pas de là à parler de "triche".

Fredou
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Fredou » ven. 23 juin 2017 14:31

Si un jeu intègre du fateplay en donnant par exemple comme consigne à un joueur "tu va devenir de plus en plus mélancolique, te clasher avec tes proches, puis te suicider à la fin", alors chercher une issue favorable (gamiste) ou la plus logique (simulationniste) n'est plus du tout un enjeu. Ce n'est pas fait pour priver le joueur de son jeu, ce que tu sembles sous-entendre Cire, mais parce que l'intérêt du jeu se trouvera ailleurs et s'y trouvera d'autant plus fortement que ces points là ne seront plus indéterminés.

Ca veut dire qu'avec du fateplay, on peut faire d'autres choses, des choses que tu ne pourras pas faire sans, tout comme il y a des choses que tu ne pourras pas faire avec. C'est un outil. La pertinence de l'outil dépendra seulement de son adéquation au jeu pour lequel on l'utilise.

Si "Tant d'Espace" ne donnait pas pour consigne de ne pas chercher à remettre les personnages ensemble, tout le monde en ferait un enjeu et passerait totalement à côté de ce qu'il y a à ressentir dans ce jeu (la gène, la nostalgie, les regrets...).

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Cire de Sacub
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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Cire de Sacub » sam. 24 juin 2017 07:44

Bien d'accord. C'est un outil utile que j'utilise beaucoup. Mais je cherche à expliquer que c'est un outil qui doit ne pas envahir toutes les composantes du jeu d'un joueur, qu'il y a une question de degré. Un usage immodéré de cette technique peut nuire à ce que je crois être l'une des raisons d'être du GN.

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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Lila » mar. 25 juil. 2017 15:50

Est ce que scripter un arc narratif et le communiquer clairement à un joueur c'est de la triche ? (ex : "ton personnage est dépressif, mais quand il verra le spectacle de son fils, il retrouvera la joie de vivre")

Non. Même explication que Lucie, sans réserve aucune.

Est ce que la notion de fateplay ne redonne pas finalement à l'orga sa toute puissance autoritaire ("joue ça") ? Mais sous la forme d'un gant de velours ("joue ça, mais tu vas kiffer") ?

Oui et non. Je trouve que le fateplay peut aussi, paradoxalement, laisser une plus grande liberté à la joueuse. Il a une direction, mais c'est comme un pacte qu'elle signe avec l'organisatrice. Ok, je vais emmener mon perso là bas, mais je vais décider de comment j'irai, avec qui, pourquoi... En fait, en scriptant l'histoire, on s'offre la possibilité de mettre en scène, en scriptant la mise en scène, on s'offre des libertés dans l'histoire. La contrainte est créatrice.

Le jeu que j'ai conçu pour le Game Chef, Je ne dirai plus jamais je t'aime, propose une structure en acte avec une histoire très claire. Phase 1 : découverte, phase 2 : poésie, phase 3 : éloignement/fuite. Cette structure contraint à la fois la forme et le fond. Et pourtant, j'ai l'impression que les joueur-euses s'y sentent plutôt libre, et j'ai pas l'impression que les sessions se ressemblent.

Est ce que la limitation de la liberté des joueurs est nécessaire parce qu'ils sont bêtes et incapables de s'amuser correctement ? En plus, quand on leur dit subtilement dans un BG, ils passent à côté ces cons... (parce qu'en fait la subtilité c'est plus dur qu'on ne croit)

Non. Encore une fois, je ne suis pas sûre que le fateplay soit forcément une limitation de la liberté. Je pense que c'est un biais. Pour moi, ce qui limite la capacité de création d'un jeu, c'est le caractère autoritaire de son leader, la pression sociale, bref, des éléments qui finalement n'ont pas grand chose à voir avec le design du jeu. Ou alors, tout jeu est limitant, puisqu'il y a
- une contrainte de temps et d'espace
- une contrainte de rôle
- une contrainte d'univers
- des règles du jeu (désolé, mais devoir annoncer 2 CHOC à chaque fois que je tape quelqu'un, c'est aussi une limite)

Est ce qu’en plus de la "note d'intention" et des "ateliers", ce ne serait pas simplement un moyen de plus pour mieux permettre aux gens de vivre ensemble l'expérience précisément souhaitée par l'auteur ?

I see what you doin here. You-re a bad, bad, boy.

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Re: QM 192 : joueur libre, orga esclave

Message par Cire de Sacub » lun. 7 août 2017 22:30

Lila a écrit :La contrainte est créatrice.
Oui ! Parfaitement d'accord.

Par contre on peut s'interroger sur le degré de ces limites. Car au final on peut carrément scripter des scènes, dialogues et actions, et demander aux joueurs de suivre la partition... Mais pour moi ce n'est plus du GN. C'est une forme de théâtre libre sans spectateur. Oui pour donner des directions, stimuler des réactions, conduire des mises en scène précises, influencer des décisions, provoquer des "actions obligatoires"... tout en n'oubliant pas l'essence du GN. Si le seul plaisir est l'interprétation pure, le théâtre est fait pour vous.

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